La Psychologie Positive, un domaine de recherche prometteur

Ce champ de recherche s’est développé notamment grâce à Martin Seligman, qui a été président de l’American Psychological Association en 1998. Seligman a proposé de regrouper dans cette discipline un grand nombre de données scientifiques ayant à trait au fonctionnement optimal de la personne. Des travaux de domaines variés tels que la psychologie clinique, la psychosociologie, l’éducation, ont été rassemblés au sein de la littérature en psychologie positive.

Elle ne s’oppose pas à une « psychologie négative » mais prend le contrepied des recherches du siècle passé, qui en raison des deux guerres mondiales et des nombreux conflits ont permis d’étudier davantage les souffrances humaines, s’intéressant peu au « fonctionnement optimal » et aux conditions d’épanouissement de la personne (Shankland R. , 2014).

 

PERMA

Qu’est ce que la psychologie positive ?

Selon la définition largement adoptée de Gable et Haidt (2005), la psychologie positive est l’étude des conditions et des processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions.

Les « conditions » font référence à l’ensemble du contexte dans lequel la personne évolue (au travail, en famille, etc.) en y incluant ses traits de personnalité. Les « processus » traitent du développement ou du maintien de l’état de bien-être. « L’épanouissement » équivaut aux potentialités, à la capacité à donner du sens à ses actions, à progresser au sens large. Le « fonctionnement optimal » signifie l’atteinte des objectifs que l’individu se donne quand il se sent « en pleine possession de ses moyens » (Shankland, 2014, p.10).

La psychologie positive s’intéresse donc à la santé mentale, qui n’est pas seulement vue comme l’absence de troubles psychiques mais au sentiment de bien-être de la personne.

Le modèle « PERMA » de Seligman

De son côté, Seligman (2011), pionnier de la psychologie positive, propose le modèle « PERMA » qui liste des composants du bien-être psychologique. Il signifie en anglais « Positive emotions, Engagement, Relationships, Meaning and Achievement » ou émotions positives, engagement dans les activités, relations authentiques, sens de ses actions et accomplissement.

Positive emotions correspond au fait d’éprouver des émotions agréables comme la gratitude, l’amour, le plaisir, l’optimisme, et éventuellement de les partager avec son entourage. Les émotions positives vont au-delà du plaisir hédonique tel que la nourriture ou la sexualité : les plaisirs quotidiens sont faiblement corrélés au sentiment de bien-être durable à cause du phénomène « d’adaptation hédonique » (Lyubomirsky, 2011). Il s’agit de l’habituation au plaisir de porter un vêtement, d’avoir une nouvelle télévision ou de conduire une nouvelle voiture. C’est ainsi que, passé le plaisir initial, le sujet focalise l’attention vers l’acquisition d’un autre objet, plus performant, plus plaisant, plus onéreux. Les plaisirs quotidiens sont donc importants mais permettent simplement d’éprouver des sensations agréables à court terme.

Tandis que le plaisir eudémonique est plus durable et plus profitable (Ryan & Deci, 2001). Il résulte par exemple de l’obtention d’un diplôme longuement préparé.

Engagement réfère à l’implication dans des activités où les objectifs sont légèrement supérieurs aux capacités de l’individu, ce qui favorise l’état de flow ou expérience optimale (Csikszentmihalyi, 1988) dont résulte un état de bien-être supérieur.

Relationships renvoie aux principes d’authenticité, de confiance et de partage dans le lien aux autres, qui sont des prédicteurs du bien-être psychologique.

Meaning fait référence au sens de nos actions par rapport à nos croyances, valeurs et objectifs personnels. Par exemple dans le choix de carrière ou la façon de consommer, connaître ses valeurs personnelles permet d’accorder ses actions avec ses objectifs. À long terme, d’après les recherches de Csikszentmihalyi (1997), les actions engagées par exemple dans une association permettent à l’individu de développer ses connaissances et expériences, ce qui lui procure un sentiment de bien-être. Le plaisir de progresser dans ces actions renforce l’engagement : c’est un cercle vertueux. Avoir le sentiment que ses occupations ont du sens permet de développer le sentiment de bien-être.

On trouve généralement du sens dans trois dimensions :

  • La sphère affective et relationnelle, avec les amis, la famille, les collègues (Devogler & Ebersole, 1981);
  • Par rapport aux croyances, à la philosophie de vie, aux valeurs ;
  • A travers l’engagement dans une activité (par exemple son travail) qui soit en rapport 
avec ses valeurs personnelles.

 

Achievement correspond au fait de se fixer des objectifs au sens général, qui soient réalisables et suffisamment exigeants. Lorsqu’ils sont atteints, la sensation d’accomplissement ressentie permet d’améliorer le bien-être psychologique et de maximiser la motivation pour continuer à accomplir d’autres actions.

La psychologie positive est donc un nouveau domaine de recherche en psychologie qui tend à se développer fortement, les prochaines années, en France.

L’intelligence émotionnelle

Les compétences émotionnelles sont « la capacité – mise en pratique – à identifier, à comprendre, à exprimer, à réguler et à utiliser ses émotions et celles d’autrui. Elles jouent un rôle essentiel dans la santé mentale, la santé physique, la performance au travail et les relations sociales »(1)

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Film d’animation Vice Versa (Disney) 

Historique de l’intelligence émotionnelle:

À l’origine, les compétences émotionnelles étaient nommées « intelligence émotionnelle». Ce domaine de recherche a connu quatre grandes mutations au cours du XXème siècle.

a) Thorndike (1920) s’était intéressé à la capacité de l’individu à « identifier ses états internes, ses motivations et comportements ».

b) Un demi-siècle plus tard en 1983, Howard Gardner propose un nouveau modèle d’intelligence générale en y incluant l’intelligence intrapersonnelle et interpersonnelle, ce qui laisse présager de l’importance des émotions dans les relations avec les autres.

c) L’attrait de la science pour les compétences émotionnelles est assez récent. Ce sont d’abord Salovey et Mayer (1990) qui théorisent la notion d’intelligence émotionnelle. Ils postulent que les individus traitent différemment l’information émotionnelle et que celle-ci influe singulièrement sur la cognition. Dès lors, l’identification, la régulation et l’utilisation des émotions sont capables de faciliter la cognition.

d) Quelques années plus tard cette idée prend de l’importance particulièrement avec l’ouvrage de référence de Daniel Goleman, L’Intelligence Emotionnelle (1995). Ce succès s’explique en partie par le fait que selon l’auteur, les compétences émotionnelles peuvent être développées par chacun tout au long de sa vie, idée tranchant avec le caractère plus « immuable » de l’intelligence cognitive.

La recherche est particulièrement active depuis une trentaine d’années sur ce thème des émotions grâce à une prise de conscience de l’importance des ressentis.

« L’homo est sapiens, mais il est aussi sentiens et communicant » (5).

Les nombreuses publications sur les émotions et les approches telles que la thérapie d’acceptation et d’engagement (Acceptance and Commitment Therapy) (2) et de pleine conscience (3) sont le résultat de l’intérêt croissant des chercheurs et praticiens en psychologie dans ce domaine.

Plusieurs conceptions ont émergé de ces recherches. Concernant les compétences émotionnelles, nous avons choisi le modèle de Mikolajczak et ses collègues car il nous paraît être la synthèse la plus pertinente issue des recherches antérieures. Les dimensions d’identification, de régulation et d’utilisation des émotions sont reprises de la théorie de l’intelligence émotionnelle de Salovey et Mayer (1990) et les deux axes interpersonnel/ intrapersonnel issus des travaux de Gardner sont intégrés dans ce modèle à cinq composantes.

Compétences émotionnelles: cinq composantes

« une forme d’intelligence qui suppose la capacité à contrôler ses sentiments et émotions et ceux des autres, à faire la distinction entre eux et à utiliser cette information pour orienter ses pensées et ses gestes » (Salovey & Mayer)

Déjà, la notion de « contrôle », de « distinction » et « d’utilisation » apparaissent, sur les versants inter et intrapersonnel. Quelques années plus tard, les deux chercheurs font évoluer leur définition en proposant de décrire l’intelligence émotionnelle comme « l’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres » (4). La définition se complexifie et intègre les notions de « perception », « expression », « compréhension », « raisonnement » et « régulation », ce qui la rend plus complète et représentative de la réalité.

Plus récemment, l’équipe de Mikolajczak reprend les théories de Salovey et Mayer en proposant cinq notions de base :

1 L’identification,

2 La compréhension,

3 L’expression,

4 La régulation,

5 L’utilisation des émotions.

Celles-ci se situent sur deux versants : intrapersonnel, c’est à dire la capacité à prendre en compte son propre ressenti, et interpersonnel, la faculté d’observer les réactions de son entourage.

Pour aller plus loin:

Mikolajczak, M., Quoidbach, J., Kotsou, I., & Nelis, D. (2009). Les compétences émotionnelles. Paris: Dunod.

Goleman, D. (1995). Emotional Intelligence. New York: Bantam Books.

(1) Mikolajczak, Quoidbach, Kotsou, & Nelis, 2009

(2) Hayes, Strosahl, & Wilson, 1999

(3) Kabat-Zinn, 1982

(4) Salovey et Mayer, 1997, p.10

(5) Cosnier, 2015